Requins de la Réunion, huit mois après.

Posted on Aug 17, 2012 |



Il semble que dans un certain monde il ne soit plus possible d’exprimer une opinion motivée.
Il semble que les gens ne peuvent plus penser et raisonner par eux-mêmes et qu’ils doivent suivre aveuglément les idées des autres.
Il semble que le vide sidéral de l’existence moderne et le confort de vie empêche les cerveaux de fonctionner correctement.
Tout dans “l’affaire des requins Réunionnais” va dans ce sens.
Je serai assez bref car je n’ai pas vraiment le temps ni l’envie de m’épancher sur le sujet tant il est complexe et surtout dépasse simplement les inconvénients ponctuels que l’homme peut rencontrer en allant explorer et utiliser le milieu naturel car il touche à la nature profonde de l’être humain.
Mais recevoir des insultes qui sont entres-autres à caractère raciste et des menaces de la part de quelques excités frustrés, cela est inacceptable et même intolérable .
Après notre séjour à la Réunion en décembre 2011 avec William Winram, j’ai exprimé ce que je pensais de la population de requins sur place parce qu’on me l’a demandé.
Cela n’a pas changé d’un pouce, et les personnes qui sont régulièrement à la mer dans des conditions similaires d’observation témoignent toujours de la même chose.
Certains ont retourné leur veste par intérêt personnel ou peur pour leur image et leur statut.
A l’époque, bien que prenant cela très à coeur nous avions été fortement gênés pour effectuer notre “mission de reconnaissance et de marquage”.
Gêné par le fait que personne ne prenait de responsabilités pour donner les coudées franches à cette initiative mais surtout gênés par une multitude de gens, qui nous l’apprendrons plus tard, gravitaient autour de diverses associations voulant faire de la récupération à bon compte. Nous avions été bien naïfs.
Je ne m’étendrai pas sur les dérives du système associatif Français qui a tendance à motiver les responsables d’associations à n’oeuvrer que dans le but de récupérer des subventions qui coûtent des fortunes à la collectivité au bénéfice de quelques êtres indélicats.
Tout cela manque d’un réel encadrement et ceux qui font du vrai bon travail se retrouvent dans le même bateau que les brebis galeuses.
Et c’est là qu’on touche au vrai problème des requins Réunionnais: quelques gesticulateurs extrémistes hurlent à tout vents qu’il faut trouver une solution qui n’existe pas pour faire gonfler leurs troupes, créer un climat de peur et monter les gens les uns contre les autres en opposant diamétralement les idéologies. le bon vieux “diviser pour mieux régner” en somme.
Une fois de plus, une minorité “flingue” littéralement les différentes communautés et entités qui fondamentalement sont de bonne volonté et font du bon travail.
En effet, jamais dans mes propos je n’ai fait de généralité sur les surfeurs ou quelque autre groupe d’usagers de la mer.
Je sais ce que c’est de perdre des amis en mer dans des circonstances horribles, je connais cela que trop bien.
Je respecte la peine des proches et des personnes qui sont intervenues sur ces accidents, ce n’est pas parce que mon opinion diffère de ce que certains voudraient entendre que je ne suis pas capable de compatir à leur souffrance.
Alors vous les donneurs de leçons et manipulateurs d’opinion publique ne me faites pas dire des choses que je n’ai jamais exprimées, ne pensez pas à ma place, vous n’en avez ni les capacités ni le droit.
Je me suis limité à m’exprimer sur des faits et observations, rien de plus. J’en ai le droit et surtout le devoir.
On l’oublie trop souvent, mais nous qui vivons dans un monde dans lequel nous pouvons nous s’exprimer ouvertement.
Sans vouloir utiliser des clichés grand-guignolesques, des êtres humains sont morts pour nous le donner ce droit, et ce il n’y a pas si longtemps, donc respectez ces fragiles acquis en faisant bon usage. Vous les bafouez et crachez dessus pour vos querelles de clochers.
N’abordons pas non-plus les propos et actions électoralistes racoleuses de “petits chefs” locaux. Ceux-là me font au final plus rire que pleurer tant ils sont prévisibles. On les blâme souvent, mais regardons dans le miroir de notre conscience, nous avons les représentants que nous méritons.
Depuis quelques mois nous avons vu beaucoup d’articles et de billets d’opinion passer. Beaucoup de brûlots, beaucoup de haine et de stigmatisation, et ce évidement dans les deux camps qui s’affrontent. Tout cela est le fait des ces “excités”.
Au milieu de tout cela, de temps en temps de bonnes interventions motivées et surtout humaines. Je pense par exemple au post sur le blog d’un surfeur Réunionnais qui exprime ce qu’il ressent,  je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, mais au moins il l’exprime sans insultes ni menaces. Cela permet d’élargir le débat surtout quand cela est le fait d’un usager intensif du milieu naturel, pas un philosophe de comptoir à la petite semaine qui, dans le meilleur des cas, a un masque, une paire de palmes, une planche de surf et les photos jaunies des ses exploits passés au fond du garage.
je ne suis pas un écologiste extrémiste comme certains le disent ou pire, le pensent. Je pêche, je fais de la chasse sous-marine régulièrement mais j’ai un comportement responsable vis-à-vis de notre environnement. Et quand on est responsable, on réfléchit avant de s’exprimer et d’entreprendre des actions dont on doit mesurer les conséquences.
je n’idéalise absolument pas le requin, il est pour moi un animal marin parmi tous ceux que je côtoie pratiquement au quotidien. Un prédateur face auquel il faut se comporter avec prudence mais avec lequel il est possible d’évoluer en sécurité en on adoptant une attitude adéquate. Je vais parfois le côtoyer volontairement mais de temps en temps ces rencontres sont fortuites.
A ses côtés j’accumule des expériences personnelles qui me servent tous les jours, je ramène des images pour en montrer la vraie nature au personnes qui n’ont pas l’occasion de le rencontrer.
Mais au fond de moi je ressens aussi que ces images constituent un travail de mémoire car nous sommes peut-être la dernière génération à les voir évoluer dans nos Océans. Quand les scientifiques estiment à 3500 le nombre de grands requins blancs vivant dans les eaux de notre planète bleue, comment ne pas être pessimiste sur notre avenir à tous?
Pour terminer, je réitérerai les conseils aux “usagers faibles de la mer” que sont surfeurs et baigneurs face aux requins parce qu’ils sont les premiers concernés.
-Sans contact visuel direct sous l’eau avec l’animal, vous êtes extrêmement vulnérables, on ne le répétera jamais assez, à cela on ne pourra rien changer même en exterminant ou “régulant” 1000 requins. Le 1001eme qui passera par là suivra peut-être son instinct et fera voler en éclats le sentiment de sécurité faussement mis en place. Utilisez Donc un masque et tuba pour regarder ce qui se passe dans l’eau.
-Si vous vous trouvez en présence d’un requin, faite lui face, simplement. Montrez-lui que vous l’avez vu et adoptez un comportement proactif et non pas un comportement de proie. Rentrer calmement vers bord ou vers le bateau en gardant un contact visuel avec lui.
-Si vous êtes un pratiquant régulier d’activités aquatiques en mer tropicale, faites une ou deux sortie bien encadrées pour aller à la rencontre de requins dans leur milieu naturel et ainsi comprendre que c’est notre comportement qui influe sur le leur. On ne ressort jamais le même d’une telle expérience. Encore une fois l’être humain a peur de l’inconnu et lorsqu’il a peur, il rejette, ne préfère pas faire face et décide souvent de “détruire préventivement”
Par contre faites attention de l’objet réel de la sortie….localement, certains les attirerons volontairement pour vous faire croire que le coin est infesté et espérer ainsi parvenir sournoisement à leurs sombres desseins.
Donc pour être positif, ne vous baignez pas sans regarder ce qui se passe autour de vous sous l’eau quand vous êtes en mer tropicale. Les apnéistes/randonneurs aquatiques qui ne provoquent pas les requins n’ont pas d’accidents. Les surfeurs et baigneurs sont et resteront vulnérables, on ne changera pas ce paramètre.
Pour ma part, je continue a aider des équipes de scientifiques réellement motivées par les résultats. Aux quatre coins de la planète, là où on nous donne les moyens logistiques pour faire du bon travail. Nous contribuons même au financement des ces expéditions.
Depuis notre séjour à la Réunion nous avons travaillé en Afrique du Sud sur une étude génétique de la population de requins bordés (Carcharinus limbatus) en effectuant une cinquantaine de biopsies et en octobre nous allons poser 15 balises sur des requins blancs dans le Pacifique Ouest.
Ces études permettent de mieux connaître ces animaux et donc de mieux vivre avec eux tout en comprenant les menaces qui pèsent sur eux.
Il sont plus utiles à l’écosystème que nous le pensons et aucun loisir ou activité professionnelle humaine ne peut justifier la “régulation” qui est prêchée ici et là.
C’est à nous à nous adapter.
Si il y a un déséquilibre, encore faut-il le démontrer, puis il faut s’attaquer à ses causes profondes, non-pas aux conséquences à court terme.
S’adapter ne veut pas seulement dire “on ne va plus à l’eau ou on interdit toutes activités nautiques” comme nous pouvons le lire car cela est une solution de facilité prônée par certains démagogues, il faut aller plus loin et travailler en amont.
Et là il y en a du travail à faire sur la pollution et les les habitudes ancrées depuis des décennies!
Une réserve marine ne peut pas être le fusible qui permettra de gagner quelques mois ou années avant de devoir vraiment se retrousser les manches, faire face à ses responsabilités d’être Humain et faire évoluer tout un mode de vie qui n’est plus tenable.
Bref à tout le Monde, quelque soit votre idéal (encore faut-il en avoir un…) bougez-vous et surtout responsabilisez-vous. Cela est, certes, peu fréquent de nos jours…conséquences d’un système sur-protecteur qui ne pousse évidement pas à le faire…
Nous mettons ici le doigt sur un problème qui va bien au-delà d’une série d’accidents dû à des poissons qui évoluent dans leur milieu naturel que nous envahissons de mille façons différentes.
Voilà,  il est maintenant l’heure pour moi d’aller plonger dans l’Océan qui entoure ce coin de paradis dans lequel je passe de plus en plus de temps tous les ans. On ramènera certainement un joli poisson, et peut-être avec un peu de chance croiserons-nous un requin? Ce soir ce poisson on le mangera avec mes potes amateurs de glisse et les plongeurs du coin. Pendant ce temps les gesticulateurs copieront des liens sur les réseaux sociaux par lesquels ils ont enfin l’impression d’exister, s’insulterons sur internet, se regarderont le nombril et continuerons à passer à côté de leur vie.